Marche unitaire contre le « permis de tuer »
A l’appel d’Issam el Khalfaoui et de Stop Aux Violences d'État (SAVE), ainsi que du Comité Justice pour Adama, qui se sont unis aux familles de victimes de violences et de crimes policiers, aux syndicats de la justice comme le Syndicat de la Magistrature (SM) ou le Syndicat des Avocats de France (SAF), plus de trente associations, collectifs, partis et mouvements politiques et syndicats du Vaucluse organisent une marche dimanche 20 septembre à Avignon à 17h au départ de l’Hôtel de police contre la loi sur la « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ».

Adoptée le 7 juillet 2026 par 313 député‧es de droite et d’extrême droite, celle-ci s’appuie sur l’article L. 435-1 du Code de la sécurité intérieure, lequel élargit les conditions d’utilisation des armes à feu par les forces de l’ordre. Elle ignore les avertissements de plusieurs autorités indépendantes, comme par exemple Tidball-Binz, Rapporteur spécial des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, ou encore Claire Hédon, la Défenseure des droits.
Cette mobilisation qui s’inscrit donc dans l’appel national « Non au permis de tuer » (lancé alors que plus de 730 000 personnes ont signé la pétition en ligne sur le site de l’Assemblée nationale contre son adoption) prend aussi une résonance particulière sur la communauté d’agglomération du Grand Avignon, au regard d’affaires récentes qui interrogent le contrôle démocratique des forces de l’ordre, notamment la mort de Cheikh, 29 ans, mortellement atteint par deux balles tirées par un policier municipal du Pontet dans la nuit du 14 au 15 juillet dernier, dans des circonstances qui doivent encore être établies par la justice.
Selon les premiers éléments de l’enquête rapportés par Mediapart et Libération, des policiers municipaux du Pontet ont tenté de contrôler son véhicule après ce qu’ils décrivent comme un refus d’obtempérer puis deux véhicules de police municipale ont bloqué sa voiture au péage de Vedène après une course-poursuite de 12 kilomètres. Le policier municipal qui a tiré, Théo U., 28 ans, a été mis en examen pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Cette affaire pose des questions majeures sur les conditions d’engagement d’une course-poursuite par une police municipale, sur l’usage des armes à feu et sur le contrôle de la force létale. Elle intervient aussi dans un contexte national où, depuis 2017, au moins 35 personnes ont été tuées par des tirs policiers lors de situations de refus d’obtempérer, les tirs mortels de policiers sur des personnes à bord d’un véhicule étant 5 fois plus nombreux qu’avant.
Par ailleurs, comme le rappelle la récente diffusion d’une vidéo enregistrée par une caméra-piéton en novembre 2025 à Carcassonne, les thèses racistes, misogynes, homophobes et complotistes ne s’arrêtent pas au port de l’uniforme. Elle rappelle également que la lutte contre les violences d’État ne peut pas être séparée de la lutte contre les discriminations.
En effet, celle-ci montre des policiers municipaux tenant des discours haineux lors de leur patrouille. L’un d’eux était par ailleurs membre du service d’ordre du Rassemblement national. Cela questionne le rapport aux considérations raciales dans la pratique du maintien de l’ordre, raison pour laquelle cette marche unitaire se fera aussi contre le racisme et les contrôles au faciès.
Pour rappel, le 26 juin 2025, la Cour européenne des droits de l’homme a condamné la France pour avoir effectué des contrôles d’identité discriminatoires. Le Défenseur des droits fait aussi état, dans son enquête publiée le 24 juin 2025, d'une persistance de ces pratiques : les jeunes hommes perçus comme noirs, arabes ou maghrébins ont quatre fois plus de risques d’être contrôlés que le reste de la population et douze fois plus de risques de subir un contrôle plus poussé, comprenant notamment palpation, fouille ou conduite au poste.
Ce qu'illustre la vidéo du 21 juin où on voit Youssef, un autre homme de 29 ans, se faire violemment pousser par un policier (de Carcassonne, là aussi).





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